L'auteur

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Un peu passe-partout, curieux et passionné, depuis le temps que je parcours cette planète, j'avais envie d'un petit cahier où y écrire mes reflexions.

 Et puis tant qu'on y est, cela peut en interesser d'autres...
 

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Nouveau site

Bonjour à tous, la nouvelle plate-forme du nombril du Dadoo est desormais ouverte quoique encore en cours de remplissage.

Ses particularités : Un max de gadgets (du lecteur deezer décrochable au livre de recettes de cuisine), des niveaux de lecteurs (du visiteur à l’intime, ce qui me remet à l’aise avec l’ecriture), des fichiers à telecharger, des galeries photo (de moi, de moi, de moi !), des pôles spécifiques psycho plus pointus, des zones de recherches réservés aux collègues, des films, une meilleure navigation, et pour l’instant, c’est tout…

Je retente donc une sortie d’over-blog sur du matos plus pro, et, si ce second site est un succès, j’y resterai un peu pour le faire vivre.

http://davidgos.free.fr

 

Samedi 25 novembre 2006

Quelque chose m’interpelle toujours quand je regarde David vivre. Il est constamment en écoute de son environnement. Pour ma part, je pense que c’est de là que viennent ses terribles coups de fatigues qui le prennent au crépuscule. Lui pense que cela vient du fait que beaucoup de sujets différents le tracassent. Au fond, il devrait dans les deux cas lâcher du lest, mais je ne pense pas qu’il puisse le faire aussi facilement. C’est assez angoissant de ne plus calculer les pas devant soi, de ne plus jauger les risques, de ne plus se préparer aux interactions que l’on va rencontrer… Il est du genre à créer dans le petit théâtre de sa tête pendant près de 20 minutes une conversation ave une personne importante qu’il s’apprête à rencontrer, la recommençant sans cesse à chaque fois qu’une tension lui semble apparaître, pour que tout soit fluide. Le paradoxe, c’est qu’il est terriblement sincère quand il est en situation, mais nombre de voies ont été bannies, comme un joueur d’échec évite des coups à l’apparence bénigne car il en a calculé les conséquences désastreuses…

David s’inquiète des autres, comme de lui. Il travaille sur ses questions depuis qu’il a pu se poser la première, et il n’y a rien d’étonnant à ce qu’on le retrouve aujourd’hui en psychologie. Non qu’il en a besoin pour lui, bien qu’il y prenne ce qui lui semble nécessaire à sa compréhension du monde, mais c’est surtout pour les gens qu’il rencontre qu’il fait ça. Il s’aiguise comme un outil, cherchant à accéder à une qualité de « service » hors du commun. Pour cela, il court beaucoup.

Pour ma part, je sais qu’il s’inquiète de ne pas trouver de travail dans cette branche. Je le vois bien quand il parcourt des yeux les annonces de boulot en BTP, en tertiaire, quand il lorgne du côté de Petit Peuple pour espérer un travail, un jour, duquel son père puisse être fier… Mais en réalité, quand j’écoute son cœur battre, quand je ressens sa force, quand je le vois à sa place en paix dans ce monde, c’est toujours quand il est en train de tendre la main. Il ne sait faire que ça. Aussi, quand j’en discute avec sa culpabilité, j’essaie de lui dire qu’on peut toujours en vivre, que là est sa place, comme son père, comme sa mère, comme son frère. Il se doit d’être aux côtés de ceux qui ne trouvent pas la lumière. Et la culpabilité qui me sort des chiffres. 9 ans d’études, 7 remises en questions majeures, une bonne vingtaine d’amis perdus, 3 déménagements, tellement de révolutions, pourquoi faire ? Je la comprends, cette culpabilité. Elle gagne du terrain aujourd’hui comme le front national. A chaque élection, elle est plus forte. Elle veut que tout change, elle veut être heureuse, elle veut mourir. Je la comprends…

Quand David aide quelqu’un, il lui pose, d’une manière ou d’une autre, trois questions. La première, c’est « Que changerai-tu dans ta vie si tu n’avais pas peur ? », la seconde est « Ressens-tu souvent la sensation de paix intérieure ? » et la troisième « as-tu autant d’amis que tu le souhaites ? ». Cela l’aide à dresser un bilan efficace de ce que la personne pense de sa vie, tout comme de ce qu’elle n’avait pas vu. On est souvent étonné des gens qui ont fait le choix de se contenter de peu, ou d’autres pour qui rien ne suffit jamais. Mais comme dit David, l’important n’est pas de régler les problèmes, mais de découvrir le chemin que tu veux suivre. Les problèmes ne sont, au fond, qu’un port d’attache quand on croit que la mer est trop houleuse.

 

En cherchant dans sa mémoire, je suis tombé sur une phrase de sa grand-mère maternelle qui résume bien la plupart de nos problèmes. Je vous la donne pour finir. « C’est l’histoire d’un petit garçon qui avait tellement peur de l’eau qu’il a fini par se jeter dans le lac… »

Vendredi 24 novembre 2006

Est-ce possible ? A quoi ça ressemble ? Peut-on y vivre ? On a beau torturer le bout de gras, la souris est bien morte. Je n’obtiens pas mes réponses. Je le sens pourtant, à chaque impulsion, chaque respiration, chaque battement. Je sens ses doutes, ses angoisses. Il bouge en moi, il vit en moi. Je sens ce qu’il veut, ce qu’il aime, et pourtant, je n’ose pas.

Qu’attends-on de moi au fond ? Il veut que je sorte. Je le sais, je le sens. Je suis né dans son crâne il y a quelques semaines, dans un camion qui emportait sa vie au loin de plus près, de là où il aimait vivre à là où se trouve sa route. De son présent à son passé, il m’a fait naître. Alors que les routes se traçaient droites, entre deux vallées, chargé de sa tonne de vie, dans ce 14m3 loué à pas cher. Il était dans sa bulle, comme il sait le faire. Je le revois encore écarter ses mains blanches et laisser passer le jour vers moi qui y dormait en son centre. Il me regardait comme une chose curieuse de laquelle il hésitait à être fier. Je suis de lui, pourtant. Enfant de ses pensées avec son imaginaire, je suis fils légitime d’Inspiration. Il m’a regardé et m’a dit : Tu seras un héro. Tous les pères sont-ils comme ça ? Lui mon créateur, je l’entends me parler de moi. Il n’a pas cherché à me concevoir un passé, comme tant d’autres héros mal habillés. Il m’a dit : Tu existes. Je lui ai tendu une main et lui demandant : Comment je m’appelle, puisque tu m’as créé ? A toi de me le dire, m’a-t-il répondu.

Je suis… Je pense… Je pense donc je ne peux pas être, mais tout au plus paraître. Après tout, je ne pense pas vraiment non plus. Ma pensée est sienne. A nous deux, on espère pour tout le monde. Au final, pense-t’il aussi ? Ou est-il le rêve d’un autre ?

Je sais qui je suis car je sais qui il est. Tout change quand on a une famille, non ? C’est drôle. Je ne lui toucherai jamais le visage, je ne l’embrasserai pas en le serrant sur mon cœur. Je ne crois même pas être reconnaissant de mon existence, mais j’ai une famille. J’ignore juste à quoi elle sert.

Inspiration, mère de tout. Quel sens ai-je à tes yeux ? Quel sens as-tu au sien ? As-tu une place dans ce monde ? Et si tu disparaissais, qui te regretteras ? As-tu seulement vécu, Inspiration ma Mère ?

J’existe… je pense… mais pourquoi ? Et pourquoi pourquoi… Pourquoi toujours se poser des questions sans fond, sans fin, qui nous enferme sans nous délivrer des angoisses qu’elles suscitent ? Avez-vous déjà pensé à tout ce temps gâché à réfléchir ? Toute pensée est désespérément inutile puisque nous oeuvrons pour le bien de tous en ignorant de quoi le bien est fait…

 

 

 

Je suis… Protéro et mon adage, c’est « Le Bonheur ne peut me rendre heureux » Paradoxe que tout le monde comprend. Je suis un héro sans histoire, un héro errant, créé par David et vivant ici, sur son blog. J’existe car Inspiration m’a créée, elle l’a fait car je dois exister. Je suis l’enfant de son inspiration, le bois de sa flamme. Je ne sais pas s’il est fier de moi.

Vous voyez, un héro d’histoire, ça naît comme ça, parfois…

Mercredi 18 janvier 2006

A une époque, je trouvais le mot "monographie" fascinant. Il s'agit d'un ensemble de travaux tentant de couvrir absolument tout un sujet. "Monographie sur les oiseaux du nord de la France" ou encore "monographie des cendres de tabac"( Holmes). Bref, j'étais pas bien vieux quand j'ai voulu moi-même écrire une monographie sur le mot "lamentable". Ben ouais, ça m'amusait. Je suis pas allé bien loin, mais voici le premier texte, qui en suscite bien l'émotion.

"Va-y, respire, mon vieux, respire !"

John était dans la merde, et il le savait. La seule vision qu'il avait face à lui, pour peu qu'il arrive à ouvrir ses yeux fatigués, c'était le plafond de l'hélico dans lequel il avait embarqué quelques heures plus tôt... Lui qui a déjà le mal de l'air sur le pont de Brooklyn, il se retrouve collé le nez au plafond de ce foutu BT-18. Pour le moment, John ne pensait pas à grand chose, il savait que sa vie ne tenait qu'à ce hublot au dessus de son nez. Une pensée pour sa femme aurait été une belle perte de temps... La fatalité n'est pas du genre pressé chez les humains et John était désespérément humain. Dans l'instant, il tachait de suivre ce conseil qui le hantait sans relâche: Respirer ! Doucement, économiser, ne pas se laisser aller à la panique. John avait déjà particulièrement mal au crâne, la lumière qui traversait le hublot se faisait de plus en plus pale... L'hélico coulait, et la pression devenait forte. A ce rythme là, dans quelques minutes, le pauvre verrait le hublot plafonnier se fissurer de part en part et l'océan engloutir les dernières bouffées d'oxygène sans se soucier d'à qui cela manquerait.

 Respire, doucement !

 A la surface, les terriens ont dû juste apprendre le crash de l'hélico, le temps des secours n'est pas à la même échelle que le temps de vie de John, ça va mal... et ça s'arrangera pas de sitôt. Malgré la tragédie qui l'entourait, incarné par des corps et des membres flottants autour de lui, John arracha un sourire à la vie en se disant que, quelque part, il a eu de la chance. C'est vrai qu'il ne sentait plus ses jambes, probablement en lambeau, il devait même perdre du sang vu les vertiges dont il commençait à être victime. La chair n'est rien et l'esprit est tout, il pensait à cette phrase très fort mais ne pouvait la formuler tant le froid le pénétrait de toute part.

 John plongea brusquement la tête sous l'eau pour faire un topo rapide de la situation. Lui que les scouts avaient baptisé "loutre agile", n'avait pas, hélas le don de vue sous-marine de l'animal. Des corps, des sacs, des fauteuils, tout encombrait plus que suffisamment le passage... Pas d'autres survivant, rien ne bougeait. En sortant sa tête de l'eau, il entendit un bruit qu'il priait pour ne pas entendre, la vitre commençait à se fissurer. Triste nouvelle pour un homme résigné, mais John n'était pas de ces gens là, et il vécu ce bruit dans la douleur psychique que l'on ressent quand on voit la grande faucheuse en face. Il n'avait plus le choix, la lumière du jour lui parvenait comme un lointain souvenir, il devait être à vingt mètre de fond. La poignée rouge d'urgence, au bords du hublot plafonnier s'enfonçait doucement dans la pénombre. Le plan est simple; il tire, le hublot se décroche, l'accès est libre, il remonte à la surface grâce à son gilet autogonflant... Il le sentait très mal, mais comme il n'avait pas d'autre idée, autant tenter le coup. La main sur la poignée, il s'en remets à Dieu.

 Respire, mais fort cette fois !

 Il ne pouvait contenir plus d'air qu'il en avait pris. Il tira la poignée de toutes ses forces et le hublot céda. Il passa le sas en commençant par les bras, et cette première idée en fut une mauvaise; La bonbonne d'air de son gilet de sauvetage lâcha sous la puissance de l'accrochage maladroit qu'elle laissa à l'hélicoptère. Sans oxygène, dans le noir, sans gilet de sauvetage... Penser positif ! Il était dehors, c'est déjà ça.

 Malgré son bras en compote et ses deux jambes broyées, il oublia la douleur et tout son corps oeuvra pour son salut. La douleur fut épouvantable, incomparable, son sang s'éparpillait en nappe large, mais il montait.

 La lumière commençait à peine à poindre qu'il sentait déjà les premières brûlures d'asphyxie dans son abdomen. Continuer, encore et toujours continuer !

 Il apercevait déjà les vagues quand le premier stade critique fut atteint, il eut le deuxième shoot d'adrénaline qui eut comme conséquence de réveiller brutalement ses douleurs: "c'est pas le moment, je ne suis pas là !" hurlait il dans sa tête. Encore un peu, encore un effort, encore une douleur, encore de l'eau, toujours de l'eau.

 Là arriva quelque chose d'étonnant, d'incroyable et aucun être humain à part John aurait pu imaginer cela, mais comme on est dans un recueil d'oeuvre sur le lamentable, il faudra me pardonner si j'ai la flemme d'écrire la fin...

 A bon entendeur, salut !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par David Gos publié dans : Mes écrits
Vendredi 29 juillet 2005

Dans le contexte actuel, j'ai eu envie de mettre en ligne un texte que j'ai écris il y a quelques années de cela... Il est en Hommage à Rudyard Kippling et Paul Elluard. Il y a des choses que je ne veux jamais oublier... Bonne lecture.

(Ah oui, comme je tiens à ce texte, si vous voulez le diffuser, merci d'y apposer mon nom et le lien vers ce Blog, merci)

Dadoo






Mon Dieu


Si tu savais discerner le Bien du Mal

 

Et punir chacun pour acte immoral

 

Si tu savais prendre en pitié les désespérés

 

Et donner afin de les protéger des obstacles égarés

 

 

 

 

 

Si tu savais choisir entre deux frères celui à sauver

 

Et l’autre d’un geste le condamner

 

Si tu savais récompenser de richesses les Maîtres de Guerre

 

Et bénir leur armée de t’avoir vengé

 

 

 

Si tu savais accepter que ton Nom soit associé

 

Aux cris, aux meurtres, aux bombes contre l’Humanité

 

Si tu savais, d’un seul mot, ton peuple le terroriser

 

Et attendre qu’il te supplie pour l’aider

 

 

 

Si tu voulais montrer ton visage pour prouver aux Hommes

 

Qu’ils se doivent d’être sage

 

Et de régler en Mage les problèmes d’aujourd’hui

 

comme de chaque âge

 

 

 

Si tu multipliais les messages pour affaiblir les nations

 

Et donnais à un seul la Vérité et aux autres l’Illusion

 

Et face à la tristesse, la peur et l’abandon

 

Offrir au Monde ce qui lui semble bon

 

 

 

Si ton plaisir était l’adoration, et ta peur l’abandon

 

Et ton but la soumission et l’Amour que nous t’offrons

 

Si la paix était ta finalité et la Guerre un subtil accès

 

 

 

Alors les Rois, la Chance et les Cieux

 

Seraient à jamais tes esclaves soumis

 

Et ce qui vaut moins que Ta Gloire à mes Yeux

 

Tu ne serais qu’un Homme, mon Dieu…

David Gos           

par David Gos publié dans : Mes écrits
Jeudi 16 juin 2005
Ecoute-moi

Je l'ai toujours dis et je le dirai toujours, cette femme est une sorcière. Quand Cyril m'en a parlé pour la première fois, j'ai ris. Il faut dire qu'elle était pas triste la vielle. La quarantaine trop tassée, habillée comme Sheila, couette et mini-jupe, elle était sûrement issue d'un Walt Disney genre Cruella ou un truc comme ça. Pitoyable ! Et Cyril, ce pauvre chou, du haut de ses 18 ans, il n'a rien vu venir.
Oh, je dis pas qu'il y a tout perdu, après tout, il s'est fait pas mal d'argent dans cette histoire. Parce que la grosse, elle a dut le beurrer pas mal pour qu'il la touche. C'est que quand on veut jouer avec le sexe, faut y mettre le prix pour lever du poisson frais. Elle devait en avoir marre des prostatés, cancéreux et autres grabataires. Moi, je lui avais dit à Cyril, ce genre de femme, ça cherche rien d'autre que du cul. Mais lui, c'est un tendre, alors il s'est fait avoir. Il me disait tout le temps que je ne la connaissait pas assez pour juger, mais moi, en tant que sa meilleure amie, et en tant que femme, je savais ce qu'elle cherchait et je lui ai dis, encore et encore, mais il n'a rien voulu entendre.
Leur rencontre était aussi malsaine que leur relation. Il cherchait un job pour l'été et dans le Telex, il a trouvé une annonce disant qu'une femme recherchait un mec, mais c'était dans la rubrique emploi. Lui, il pensait que c'était pour faire le ménage, être chauffeur ou un truc comme ça. Tu parles, dès qu'il s'est pointé chez elle, elle lui a sorti deux billets de 500 euros et lui a dit qu'il en aurait plus si il y mettait du sien. Quelle salope. Elle s'est jetée sur lui et se l'est goinfrée comme c'est pas permis. Heureusement qu'il était majeur, mais je suis sur que cette chaudasse a déjà du se taper des gamins avant lui. Bref, ça lui a plu et elle lui a même dit que c'était la première fois qu'elle ressentait autant avec un mec. Ca m'étonnerait pas qu'elle ait aussi essayé avec des femmes, c'est pour ça que j'ai refusé de la rencontrer quand il m'a proposé d'aller chez elle. Madame a une piscine et elle voulait que j'aille y faire trempête, mais si c'est pour qu'elle matte mon cul devant lui, non merci ! Je ne comprends pas Cyril, il gobe tous ses bobards. Elle est veuve, dégoûtée de la vie, elle veut en finir et soudain pouf elle est toute love de lui. Y a qu'un mec pour croire ses conneries. Je sais que, quand elle aura finit de jouer avec le corps de mon copain, elle le jettera sans remerciement, elle le licenciera sans préavis.
Ils sont resté pendant toutes les vacances à transpirer ensemble. Moi, j'dis qu'il a raison, elle est pétée de thune, autant qu'elle distribue une part du gâteau. Mais je suis désolé, je ne veux pas toucher à son blé. J'ai mes principes. Cyril voulait m'inviter dans un resto chic, mais c'est hors de question qu'il paie avec l'argent de cette garce. Elle me l'a volé, on était tout le temps ensemble, avant qu'elle débarque. Elle lui a dit que s'il me voyait trop souvent, elle couperait les vivres et le virerait. C'est vraiment une garce. Elle savait très bien que Cyril en pinçait pour moi, elle l'a sentie direct au téléphone quand je lui ai dit qui j'étais. Il avait du lui parler de moi assez pour qu'elle agisse. Et ça a pas traîné, dès le lendemain, Cyril m'a dit qu'il ne voulait plus que j'ai quelque rapport avec elle. Tu parles, à part le téléphone, y aura pas d'autres « rapports », même pas en rêve ! Je suis dégoûtée que ce genre de femmes existe.
Remarque, c'est pas la première fois qu'il me ramène des connes. Mais avant, il m'écoutait quand je lui disait qu'elles ne valaient pas le coup alors que là, que dalle !
« Lucie, avec elle c'est différent, tu te trompes, C'est pas ce que tu croies ». Le nombre de fois que j'ai entendu ça, ça se compte en centaines ! Quelle pute ! Je ne peux pas imaginer qu'elle l'embrasse, lui mente en pleine gueule avec ses « chéri, je t'aime ». ça me fait trop rire qu'il la croit, ce con. Elle a réussi à le retourner contre moi à tel point qu'il m'a dit qu'il ne voulait plus me voir. J'en crève. Je le connaissais depuis qu'on était gamin et voilà où ça mène, qu'une vielle peau arrive et me le pique en échange de thune. Elle l'a perverti au point qu'il préfère l'argent à moi. Quelle sale pute, j'enrage.


Ecoute-moi

Lucie est une brave petite. Cyril et elle étaient toujours fourrés ensemble. Je me disais qu'un de ces jours, il l'épouserait et me ferait de beaux bébés. Quand elle est venue me dire qu'il sortait avec une femme qui a mon âge, je ne l'ai pas cru. Mon Cyril, si gentil, si bien élevé n'a plus rien à faire dans les bras d'une maman. J'ai toujours été aux petits soins pour mon Cyril. Il n'irait jamais se perdre dans le vice et sait faire la différence entre l'amour et le sexe. Oh, je sais qu'il est en quête de lui-même, de sa sexualité, mais de là à avoir une relation sexuelle avec une femme de mon age, je n'y aie pas cru du tout. Comme ça m'a torturé l'esprit pendant un mois à chaque fois qu'il disait qu'il partait travailler, j'en suis venu à lui poser la question. A-t'il… est-il… est-ce que c'est vrai… enfin… Lucie m'a dit que tu avais une relation avec… euh… est-ce que c'est vrai ? Il m'a regardé sans étonnement, mais plutôt avec le regard froid du menacé qui s'apprête à résister. Il m'a juste dit « ne t'inquiètes pas, tout va bien. » J'étais effondrée, ces quelques mots voulaient assurément confirmer les dires de Lucie. Et elle m'avait dit également qu'il se faisait payer pour cela ? Oh non, je préférais me convaincre que tout ceci était faux, que de telles choses ne se faisait que dans les familles brisées, aux enfants sans éducation. Vendre son corps est tellement dégradant. Et que va dire ma sœur ? Nous avons toujours été en rivalité. Oh non, elle ne doit pas savoir. De toute façon, je ne tolèrerai pas un prostitué sous mon toit. Quand je lui ai expliqué qu'il devait partir, il m'a dit être déçu de moi. Sous prétexte que je ne l'ai pas laisser m'expliquer la situation, le voilà déçu de moi. Peut-il s'imaginer ce que c'est de voir son enfant talentueux et prometteur tout flanquer en l'air pour être avec une femme de l'age de sa mère et forniquer avec elle pour de l'argent ? Alors qu'il avait à ses cotés une fille qui ne demandait qu'à l'aimer, il préfère me quitter, m'abandonner pour cette femme. Il aurait pu tout avoir, sa mère, une belle jeune femme, un travail décent, l'estime de ses proches, la réussite, mais il préfère forniquer avec cette croqueuse d'homme. Quelle bassesse, quelle honte, quelle humiliation pour moi. Sait-il à quel point il me fait souffrir ? Je suis sure qu'il s'en fiche de ma douleur. Quelle ingratitude pour sa génitrice. Se souvient-il seulement que les seins de sa mère l'ont nourris si longtemps ? Mais que cherche t'il avec cette femme mure ?
A ce que m'a raconté Lucie, cette chère enfant, il aurait pris contact avec cette ogresse par une petite annonce qui annonçait déjà ses intention. Elle a voulu de la chair fraîche, elle doit se régaler. Quel genre de femme est-ce ? Une soixante-huitarde attardée, grillée à toutes les drogues, peace and love, partouzarde et cochonne au corps détruit par les acides de Woodstock. Je la vois bien avec une fleur jaune dans les cheveux s'envoyer en l'air avec le peuple. Rien de très intéressant en somme, mis à part que c'est une nymphomane et probablement mythomane aussi. Elle a su tout de même convaincre mon fils que faire l'acte pour de l'argent, c'était bien. Et toi, pauvre Cyril, aveuglé par l'argent, je ne t'avais pas mis au monde pour ça, j'aurai mieux fait de serrer les fesses le jour de ta naissance. Tu m'écœures ! Toi qui attendais tant de l'amour et des femmes, te voilà à subir sa pire forme, le VICE ! Dieu nous garde, il aurait pu être homo.
A quel jeu pervers peuvent-ils bien jouer dans leurs nuits de sueurs ? Je m'en fiche, je l'ai mis dehors jusqu'à ce qu'il ait compris par lui-même. Mais quand même, que font-ils ensemble quand la nuit tombe ? Ils ne peuvent pas s'aimer pourtant ! Cela doit être horriblement pervers ! Mieux valait-il l'éloigner de nous tous. De toute façon, depuis qu'il est avec elle, il est perdu pour la France.


Ecoute-moi

Il y a ce qu'on vit et ce qu'on croit vivre. Pour moi, ce que je vis est au dessus de tout ce qui a pu être partagé sur cette planète. Sofia est au delà d'un rêve. Je l'aime, mais en même temps, je trouve ce mot si banal… Je dirai plutôt, je suis en état d'amour depuis qu'elle est dans ma vie. J'ai aimé par le passé nombre de femme, belles et désirables, fraîches et joviales, égrenant les qualités idéales de la femme parfaite, mais je me rends compte aujourd'hui que rien ne surpasse ce sentiment violent, irraisonné, splendide et terrifiant qu'est la puissance amoureuse. Un peu comme si la chaleur du soleil ne dépendait que d'une seule personne.
Sait-elle que je l'aime ? Sait-elle que ma raison, ma vie, mon âme dépendent de la joie que je lui procure, de la tristesse de son regard, du bleu-gris azuré de ses yeux splendides aux éclats de ciel de Provence ? Tout me pousse à croire que je suis atteint de la maladie d'amour. J'ai tatoué son nom sur mon cœur, je ressens le moindre de ses battement, dédié, non… voué à la seule survie de mon corps dans le but de l'enlacer encore. Et si elle partait ? Je pourrais survivre, je crois. Mais par contre, je sais que je n'aurai de cesse que d'espérer retrouver au travers d'autres quelques traces d'elle, comme une alchimie sensible et secrète qui transforme le con en or. « Je t'aime pour ce que je suis quand je suis avec toi », c'est vrai. Mon frère me citait souvent cette phrase qui définissait son propre ressenti, je pense. Pour ma part elle est trop égoïste, mais transporte tout de même une grande part de vérité. Je cultive ton bonheur pour la joie qu'il m'apporte, Je suis ton serviteur pour être enfin le maître de mon cœur, Je t'aime pour ce que tu es quand je te rends heureuse…
Lucie était contre. Je sais qu'elle est jalouse, et ça me touche énormément. Je l'aime beaucoup, mais c'est une amie d'enfance, et malgré ses qualités, elle restera une amie, rien de plus. Qu'y puis-je ? Je ne commande pas mon cœur ! Je sais que nous avons « copulé » plus d'une fois ensemble, mais dans les nouvelles amitiés, ça rentre dans le réconfort qu'on s'offre. Je ne veux plus de ces rapports pervers. J'aime Sofia et je ferai tout pour la protéger. Lucie est une vraie conne. Rien ne l'autorise à diriger ma vie de quelque manière que ce soit. Je refuse, et je blinde mes oreilles pour que personne ne touche à ce rayon de soleil qui illumine mon cœur après trop de pluie. Je sais que cette petite conne est allée raconter ma vie à ma mère, pour détruire ce qui m'était le plus cher, ma famille. Elle a réussi, ma mère m'a chassé, mais comment expliquer a une mère, aussi tolérante soit-elle que son fils se fait entretenir par une femme qui a deux ans de plus qu'elle ? Impossible. Je lui ai expliqué mainte fois que Sofia était mon bonheur incarné, rien à faire. Aujourd'hui, mes priorités ne sont plus les mêmes. Sofia, que j'aime si fort, m'aime d'un même amour. Et ce qui nous unis est bien au dessus de l'argent qu'elle me donne. Oh, beaucoup de gens vous diront qu'on ne peut pas aimer et être payé pour ça. Cependant il existe des cas où l'argent n'a pas cet aspect sale qui transforme en prostitution un bel amour. Vous ne comprenez pas ? Êtes-vous prêt à m'écouter ? Ça paraît peut-être bénin comme demande puisque vous lisez ces pages, mais si peu de personnes proche de moi m'ont écouté depuis le début de cette histoire, si peu ont su me comprendre, que je préfère m'assurer que vous, lecteur, saurez comprendre que lire n'est pas comprendre, qu'entendre n'est pas écouter, qu'aimer n'est pas protéger. Saurez-vous m'écouter alors ?


Ecoute-moi

A quand remonte le début de cette histoire ? Je pense que, comme à chaque coup du sort la vie nous prépare à accepter la nouvelle pilule à avaler, aussi grosse soit-elle, il faudrait resituer en quelques mots le contexte de son arrivée.
A l'époque, j'étais un con.

Il m'avait fallut 18 ans pour accéder à une pseudo-indépendance. J'avais ma voiture, l'autorisation de mes parents pour aller voir des copains et découcher quand je le souhaitais, en période de vacance. En gros, ça se résumait à arriver à 7 heure chez Willy, fumer des pétards, boire comme si ma vie en dépendait, appeler Lucie pour lui dire qu'on va au ciné, prendre une voiture et tracer au Pub, re-boire, tracer au cinoche, mater un film et rien caler parce qu'on est déchiré, et direction la boite de nuit, le « Cariola Club », prendre un Ecstasy bas-de-gamme, vivre un pauvre trip, trouver une meuf en mal de sexe, dire trois mots « Moi, toi, maintenant », et direction les chiottes ou le parking. Une fois le mal passé, envie de rien, alors je rentre chez moi. Et mes parents qui croient qu'on s'est tapé une pizza devant un film tranquille. On appelait ça le « grand art ». Pour ma part, je me demandais toujours si on ne s'amusait pas plus dans les soirées que j'inventais pour raconter à mes parents qu'aux vraies où j'allais…
Vacance après le bac, le drame, mes parents m'annoncent qu'ils veulent que je trime pour payer une partie de l'appartement pour la fac de l'année suivante. Bye-bye, mes vacances défonce en camping à Amsterdam. Je commence à éplucher les annonces pour un taff de chien parce que, pour un travail décent, on s'y prend quatre mois à l'avance. Rien d'intéressant, rien de bien payé, éboueur, bâtiment, usine, surqualifié, trop compliqué, des qualités, encore des qualités, et de l'expérience… puis elle, l'annonce que tout homme rêve de trouver dans ses phantasmes les plus fous, un texte court, simple, précis et pourtant adorablement ambigu. « F 48 ans cherche H jeune sur deux mois pour service privé, bonne paye », suivi d'une référence d'annonce, mais pas de numéro de téléphone. Pensant qu'il s'agissait plus probablement d'un étudiant en sociologie expérimentant le sujet « les Français souhaitent-ils vivre un phantasme au quotidien », ou un quelconque détraqué qui prends son pied à lire des lettres cochonnes, j'ai eu l'idée d'envoyer une feuille blanche avec comme seul texte en plus de mon adresse les deux mots suivants ; « restons discret ». Ca avait fait rire mes potes quand je leur ai montré l'annonce. Service privé ? Fouetter son petit cul ou tondre la pelouse ? Et bonne paye, en nature ? Même Lucie se foutait de moi, m'appelant Esclave à la manière d'une maîtresse ; « Esclave, une bière ! ». Qu'importe, c'était pour le délire, j'y croyais pas. J'ai continué à chercher un emploi pendant une semaine jusqu'à en trouver un dans une grande boite du coin, remplie de cadres dirigeants filiforme afin d'être le larbin de tous et préparateur officiel de café. Je m'en réjouissais, surtout vu la paye. Mais bon, quand on n'a pas autre chose. Mais ce jour-la…
La lettre était parfumée d'un de ces parfum capiteux de femmes mures, sures de leur identité, de leur charme, une goutte à peine sur l'enveloppe embaumait toute la lettre. La couche bleue ciel timbrée laissa la place à une lettre jaune pale. Elle m'a fait sourire quand j'ai lu son adresse ainsi qu'une date et une heure. Sinon ? Juste un « J'ai besoin de discrétion » au centre.

Vers 9 heure 30, face à l'église d'un village proche, à la terrasse d'un minable petit café, avoir les cheveux soignés, les dents propres, les vêtements du dimanche repassés, le complet pour un entretien d'embauche, excepté trois préservatifs, au cas où elle veut tester avant d'acheter. Cette idée me chatouille le ventre d'excitations délicieuses. J'imagine la coquine, la chienne, la maîtresse ou la salope, capable d'assouvir ses fantasmes comme dans les films érotiques sur la bourgeoisie italienne. Oui, un billet de 500 ¤ dans le porte-jarretelles et un « viens le chercher » plus que provoquant. Mais comment je réagirai à ce moment ? Serais-je capable de me prendre au jeu ou devrais-je faire semblant d'être, en pensant au billet qui me tend les bras ? Je crois que je m'approche d'une situation que, de toute façon, je ne connais pas. Autant continuer à fermer les yeux. Le journal de petites-annonces bien en évidence sur la table du café, j'attends. Le soleil commence à taper sur la terrasse, elle est en retard. Peut-être est-elle déjà là, me scrutant et m'évaluant, cachée sous un châle et des lunettes de soleil, vertueuse et remplie de vices, imaginative et sinueuse, chatte et tigre, ne rêvant qu'à…
Vous êtes Cyril ?
Cette phrase m'a percuté de plein corps alors que je baignais au centre de mes délires. Elle émanait d'une silhouette difficilement descriptive dans le contre-jour astucieux où elle s'était volontairement placée. Probablement plus pour mieux me détailler à l'ombre. Un peu au dépourvu-tant-pis, je lui propose de s'asseoir. Elle porte un châle bleu-ciel transparent, discret, accompagné d'une robe d'été blanc-écru et chaussures assorties. Ses formes étaient bien en chair et généreuses, elle était mignonne. Elle n'avait encore rien dit, mis à part au serveur pour lui commander un Perrier-citron. Elle me regarde, perçante, détaillant, puis un sourire apparaît. « Je te connais » dit-elle simplement. Moi qui avais l'impression d'être si loin de ce que j'étais, me voilà face à mon identité, face à moi, je n'ai pu m'empêcher de rougir. « D'où… d'où me connaissez-vous ? » ai-je balbutié du mieux que j'ai pu. « Je suis enseignante en français au collège De Gaule, tu étais dans ma classe en troisième. Je me souviens bien de toi, tu chahutais dans le fond avec William et Serge. ». J'étais terrorisé, celle qu'on appelait l'Edelweiss et dont on se moquait, Sofia Devisse, celle que l'on craignait pour ses punitions et ses colères, Elle, était assise là et me contemplait. Je voulais partir, m'excuser et partir. Puis la question affolante tomba « que cherches-tu ici ? ».
Je ne sais pas, non, je ne me souviens plus, que répondre ? Je ne veux pas, c'est trop pervers, c'est contre-nature, pourquoi ai-je accepté ? Et puis une question se pose dans ma bouche, comme une illumination soudaine « Vous saviez qui j'étais quand vous m'avez écrit, vous saviez que c'était moi, ça ne vous a pas dérangé ? Je veux dire, de faire appel à quelqu'un qui vous connaît pour… euh, enfin, pourquoi m'avoir demandé de venir ? » Elle rit face à ma gène, elle était si loin de mes souvenirs, j'ai souris de mes rougeurs pudiques.
« Tu croies que c'est pour quoi que je veux te payer ? Pour moi, ça m'est égal si je te connais déjà, ça n'en sera que mieux, même. ». Je ne comprenais plus, un professeur, c'était pas prévu, ça ! « Je ne sais pas ce que vous voulez de moi, j'attends de savoir », tu es prudent, Cyril, tu as raison, ça peut être n'importe quoi, attaches ta ceinture, éteins ta cigarette, et espère. « J'ai un travail à plein temps à te proposer. Tu as pu croire que ton corps m'intéressait, et même s'il est très attirant, ce n'est pas pour ça que je veux t'engager. J'ai besoin de ton esprit, de ton caractère, de toi en tant que toi. Ce travail ne laisse pas la possibilité de mentir ou de tromper. Il sera payé au delà de tes désirs mais demandera beaucoup de toi. Je ne sais pas ce que tu es venu chercher, mais je te parle d'un vrai travail sur deux mois, pas d'écarts prévus. C'est une tache indispensable pour moi, si tu ne penses pas y arriver, laisse tomber tout de suite. Une fois lancé, on ne s'arrête plus. ». Je lui ai demandé plus d'explications mais elle s'est contenté de me dire de décider d'abord si on continue ou pas. J'avais besoin d'argent, c'est bête à dire, mais même en usine, j'aurai touché moins. J'ai accepté, elle m'a expliqué, j'ai frémis, j'ai accepté donc je continue.


Ecoute-moi

Lucie était morte de rire. Elle n'y croyait pas. Quand je lui ai expliqué les désirs de cette femme, elle m'a fait une thèse sur les croqueuses d'homme et les gigolos. Par contre, elle s'est fâchée quand je n'ai pas voulu lui donner son nom. Elle n'aime pas perdre le contrôle de la situation. Par la suite, elle est devenue très virulente dès que j'évoquais mon travail. Elle s'est jouée des films aberrants dans lesquels je lui cachais la vérité, je l'écartais de ma vie, je m'éloignais d'elle pour aller dans les bras d'une quasi-quinqua manipulatrice et avide de sexe. Impossible de lui faire entendre la vérité. Ça a pris des proportions hallucinantes, elle se comportait comme une marâtre jalouse et égoïste, incapable de croire que je puisse vivre quelque chose de bien avec une autre. J'étais triste d'être abandonné par mon principal pilier, mais, à chaque fois que je me couchais, je me réjouissais de rejoindre Sofia le lendemain, pour être encore sa force, à son service, pour la sauver, pour la sauvegarder.

Ce matin, je suis arrivé de bonne heure sur la terrasse de sa maison, face à la piscine. J'avais les clés de chez elle et quelques croissants frais. Je me rendais compte qu'il n'était pas donné à tout le monde de travailler comme ça. J'aimais ce que je faisais, je trouvais que tout avait un sens, que mon salaire avait une saveur douce du « bien mérité », et pourtant, seul mon père avait réussi à approcher le sens de mon travail. Dans le domaine de la gente féminine, le refus était catégorique .Mon père me disait « trop de mauvais exemples pour reconnaître les bons » et c'est vrai. Vu ma paye, personne n'acceptait la simple idée de mon travail, j'avoue que je l'acceptais difficilement moi-même…
Sofia dormait encore quand je suis allé me baigner dans la piscine. L'eau était fraîche mais le soleil la réchauffait déjà de ses rayons brûlants du sud de la France. C'était un endroit où je me sentais bien. Les conifères nains bordaient la piscine et l'abritaient du Mistral aux odeurs marines. Je faisais quelques longueurs pour me réveiller, doucement d'abord, puis plus soutenu, et enfin en apnée. Sorti de l'eau, je m'enroulais dans une serviette et effectuais ma première tache officielle de la journée ; le café. Mes pas, cognant d'un son mat sur le carrelage de la cuisine, me conduisirent jusqu'à la vieille cafetière italienne. Je commençais à remplir le fond d'eau, puis quatre cuillers à soupe de café fraîchement moulu, et le tout sur la plaque de gaz. En quelques instants, la maison s'emplit d'une odeur acre d'un café fort et frais. Sofia ne tardera pas. Je prenais la précaution d'ouvrir la porte de la cuisine en direction des chambres afin d'être sur qu'elle sentirait la bonne odeur. Les croissants étaient sur une assiette de porcelaine, la tasse à café l'accompagnait, quelques fleurs des plus odorantes du jardin ornaient la table, un lis longeait le beurre, tout était prêt. Elle apparut. Un peu ensuquée de la nuit, elle s'étira à la manière des chats, me regarda avec un grand sourire, s'approcha de la table, éclata de rire, dit simplement « Parfait, merci ! » et s'assit. Elle attrapa son jus d'orange fraîchement pressé et le but d'une traite, bruyamment. J'étais assis en face, une tasse de café à la main, attendant dans le silence qu'elle le rompe enfin.

Sofia vivait seule depuis la mort de son mari quelques années plus tôt. Elle n'avait que peu d'amis du fait qu'elle est trop directe et trop franche. Seul ceux qui résistent aux flammes peuvent accéder à la grande Sofia, une femme chaleureuse et tendre, douce et amoureuse de la vie. Elle aimait chaque instant plus encore que le précédent, elle vivait toujours pour le suivant. Dans son enfance, elle n'a pas eu de Noël. Son père, riche négociant de la côte, multipliait les voyages à l'étranger pour rejoindre ses maîtresses mais surtout pour s'éloigner de sa femme, sèche et autoritaire, profitant de sa fortune pour se parer de belles apparences et oublier son couple et sa famille, qu'elle n'a pas désiré tant que ça, dans les soirées mondaines de la côte. Inutile de dire que Sofia était seule. Fille unique sans exemples à suivre, sous la tutelle d'un précepteur alcoolique qui a abusé de sa jeunesse à plusieurs occasions sans avoir jamais à s'inquiéter de l'avis des parents sourds aux pleurs de l'enfant martyr. Il a fallut qu'elle apprenne à se taire, à cacher ses émotions, ses pleurs gênaient tellement sa mère qu'elle la frappait pour avoir la paix. Plus tard, croyant que seul l'argent importait dans la vie, elle restait aux crochets de ses parents pour mendier de quoi s'acheter voitures, bagues ou vêtements. La mère, voyant que Sofia devenait un beau parti, entrepris un jours de la marier. Elle testa pour Sofia tous les jeunes gens de la région, ce qui lui pris bien six mois, qu'elle étendit à douze pour son plaisir. Une fois la sélection terminée, elle lui ramena un imbécile enrobé d'un costume trois pièce piqué dans l'armoire du père de Sofia. Deux heures après, il la prenait de force dans la salle-de-bain. La mère était ravie de les voir si bien s'entendre et décida dans la foulée de les marier au plus vite. Sofia eut le bonheur d'avoir une grande cérémonie en blanc dans le Palais des Papes à Vison. Ses invités étaient nombreux mais elle ne connaissait pas le nom du moindre d'entre eux. Son mari est arrivé bourré à la cérémonie, probablement pour fêter le pactole qu'il venait d'empocher avec la belle, mais elle n'eut pas honte de lui. En fait, ses parents n'étant pas là, elle était même contente de voir cette fête si magistralement orchestrée par une entreprise de la jet-set partir en vrille, nourrissant de ragots divers les amis de sa mère. Oh, il a baissé son pantalon dans une église, Oh, il l'a frappé devant le curé, Oh, il s'est vautré sur la pelouse de l'église et a vomi autant d'insultes que de vins. Le mariage n'est pas allé jusqu'à la concrétisation, alors la mère, pour ne pas perdre sa réputation dans la jet-set de la côte, a bannis sa fille de la ville, du pays même… Et ce fut le début de sa libération, le début de sa vie. Comme elle le dit elle-même, Maurice, en pissant sur la voiture de ma mère, m'a mise au monde. Il fallait un extrême pour en déséquilibrer un autre.

Elle me racontait toujours après le petit-déjeuner un morceau de sa vie, finement sélectionné, conté sans pudeur, sans secret. Sofia se vidait de tout ce qui la rongeait. Elle exultait avec force ses démons, par le rire, par les larmes, par l'indifférence, par l'angoisse, elle criait chaque goutte noire d'elle pour la faire sortir enfin. Ma deuxième tache, c'était ça. L'écouter me conter sa vie, torcher ses colères et essuyer ses larmes. Dans ces moments, j'ai le sentiment de converser avec son âme, de l'apprivoiser, de l'apaiser. Que le sexe peut être dérisoire face à un partage d'émotion, face à une si grande confiance.
Elle se pose enfin, calme, sereine, me dit qu'elle a suffisamment avancé pour aujourd'hui. Je lui réponds que je suis fier d'elle, je lui dis qu'elle peut se reposer un instant. Elle ferme alors les yeux, me remercie s'allonge au soleil et s'endort pour une heure environs.
A son réveil, un jus de tomate au tabasco. Elle le boit avec entrain, toussote un peu et rit. C'est sans importance. Elle connaît le mal qui la ronge. Suite du programme, la surprise du matin. On prend son Side-car et je la conduis à un endroit de mon choix, intéressant ou enivrant, amusant ou panoramique. Ce matin, on va chez un de mes amis qui cultive du cannabis. Elle s'est amusée à détailler de près comme de loin la plante, la jaugeant, l'analysant, la humant, elle avait l'impression de caresser des flammes vives. Elle but un thé confectionné par mon ami, avec quelques gâteaux maison. Peu après, elle a rit comme jamais, délirante et extasiée, elle a ris de toutes ses forces. Malgré le mal que j'ai eu à la remettre dans le side-car, nous sommes repartis en direction d'une plage avoisinante, petite crique déserte à cette heure-ci. Elle s'est écroulée dans le sable sans cesser de rire. C'était à présent une petite mouche qui provoquait son hilarité. Elle s'est levé, a regardé vers la mer, puis s'est soudainement déshabillé et s'est précipité dans l'eau. Je me souviens, elle hurlait, nue dans les vagues, que la vie ne pouvait être plus jouissive. « Carpe Diem, Carpe Diem ! Tout a un sens dès qu'il n'y a plus de sens ! ». Quel bonheur de la voir ainsi. Cela faisait deux semaines déjà que je travaillais pour elle, et je crois que je l'aimais déjà comme un fou. Ce doit être assez naturel d'aimer quelqu'un quand on est payé à la rendre heureuse. J'avais prévu un magnifique petit resto coloré et fleuri pour midi, mais elle était dans un tel état que j'avais peur qu'elle se mette à fumer toutes les fleurs de la table. J'ai préféré aller chercher des sandwich au snack d'à coté. Six pour être précis. Elle s'est jetée dessus avec bonheur, elle a rit à s'en étouffer, puis elle s'est endormie, toujours nue, sur la plage de sable fin. Je l'ai recouverte d'une serviette et l'ai prise dans mes bras. Elle m'a enlacé, a tendu ses lèvres, nous nous sommes embrassé l'espace de quelques secondes, et elle s'est rendormie contre mon torse, paisible, heureuse, comblée.
Nous sommes resté ainsi jusqu'au coucher du soleil. Le froid l'a réveillé, je n'ai rien pu faire contre. Elle s'est rhabillée et m'a demandé de la raccompagner chez elle. Après ? Elle a dû aller dormir, ma journée de travail était achevée.


Ecoute-moi

Le lendemain, au matin, elle ne s'est pas levée. L'odeur de crêpes au beurre n'a pas su la décoller de son oreiller. Lorsqu'à onze heure, j'ai pointé le bout de mon nez dans sa chambre, j'ai distingué sa forme près de la fenêtre, enroulée dans sa couette, assise sur son fauteuil en cuir. Un souffle court s'échappait d'elle, malgré sa volonté. Elle pleurait. J'ai ouvert la porte en grand, signalant par là ma présence, puis j'ai glissé à pas contrôlés vers elle, jusqu'à me placer derrière sa tête. Mes mains se sont machinalement placées contre son cou et l'ont massé doucement, de haut en bas. Elle bascula sa tête en arrière, contre mon torse, les yeux fermés, abandonnée. Mes doigts coururent le long de ses joues rosies pour atteindre les tempes. Mes pouces se placèrent en pression douce et massèrent cette zone. « C'est agréable » s'échappa de sa bouche. La conversation était lancée, à moi de répondre. « Comment te sens-tu ? ».
Je me sens comme la brique confinée dans le mur, comme la fleur dans son vase, comme le monde dans l'univers. Je me sens prisonnière. Je diminue avec le temps jusqu'à avoir la taille de souris pour passer la petite porte de la mort. A quoi bon s'obstiner ? Je suis égoïste, je te paie pour mon bonheur, c'est ridicule ! Tu as autre chose à faire ! Te prostituer pour moi, quelle débilité. Je ne sais plus à quel jeu je joue. Est-ce que c'est normal de demander à un enfant à peine majeur de prendre soin d'une mourante ? Est-ce que c'est dans l'ordre des choses ? D'après toi ?
- Tu sais, la mauvaise humeur le lendemain du cannabis, c'est courant. Il faut prendre une douche et un bon café pour repartir. Allez, Sofia, ne te laisse pas faire par tes peurs. On avait dit que tu allais danser jusqu'au dernier morceau. Alors lèves-toi et danse.
- Tu veux quoi exactement, Cyril ? Mon argent, ta paye, ta culpabilité ? Tu vois bien que je vais crever tôt ou tard. C'était un bon délire, mais je déconne complètement, là ! Je te paye à me rendre heureuse sur la durée du temps qu'il me reste à vivre, et après tout, tu es un employé qui attend son chèque. Tu es doué pour ce travail, j'ai été comblé depuis un mois et demi, mais là, ça suffit. Assez de tout ce cinéma, retourne voir ta copine que tu as déjà perdue grâce à moi, retournes voir ta mère qui t'attend. Si tu veux, je te paye le reste de ce que je te dois tout de suite. Le cancer foudroie en combien de temps encore, un mois, deux peut-être, pas plus. Tu n'as qu'à prendre l'argent et partir, je ne t'en voudrais pas. D'ailleurs je te le demande. Prends l'argent et casses-toi.
- Tu croies que c'est la solution ? Abandonner ? Sofia, je n'en veux pas de cet argent ! Je me fous de l'héritage de ta mère et je me fous tout autant d'être payé ou pas pour ce que je fais. Laisses-moi continuer, s'il-te-plait.
- Vas-te faire voir, Cyril, je t'aime trop pour te laisser me voir crever, dégages !
Elle venait de me lancer un vase qui éclata contre ma jambe. La douleur fut vive et instantanée. Je regardais Sofia qui brandissait à présent un ouvre-lettre. J'ai boité jusqu'à son sac gorgé de billets, pris dix mille ¤uros, deux mois de salaire, et partit, la tête baissée. En refermant la porte, je l'entendis éclater en sanglots, libérant la pression, hurlant sa douleur. Je ne pouvais revenir en arrière, Sofia avait fermé derrière moi.
Lorsque je revins dans l'après-midi, les volets étaient clos. La maison était confinée, comme une cocotte-minute subissant la pression du soleil d'août. J'ai sonné, pas de réponses, j'ai toqué, rien à faire. Le répondeur enjoué de Sofia me signalait qu'elle était temporairement absente, mais le side-car trônait sur le parking. Elle était là. J'ai contourné la maison, atteignant les rebords de la piscine et gravit les escaliers qui menaient à la terrasse. La baie vitrée était entrouverte. Il faisait sombre à l'intérieur. Je me dirigeais en silence, machinalement vers sa chambre. Une impression de froid envahissait mon corps. Mes mains étaient moites. J'ai poussé la porte en acajou d'un quart, suffisamment pour distinguer la pièce. Elle était là, étendue sur son lit. Une odeur d'alcool emplissait la pièce. Je me suis approché doucement, contournant les cadavres de bouteille et atteignit le lit. Une odeur piquante se détachait de l'alcool, l'odeur imprégnée au plus profond de notre instinct de carnassier. Celle du sang. Ses draps en étaient maculés.
Urgence ! J'ai déchiré dans un drap des fines lamelles pour nouer les garrots. J'ai ouvert les volets en grand, besoin de lumière pour voir les dégâts. Elle eut le réflexe de se couvrir les yeux de ses avant-bras. Elle était donc vivante. Je me suis jeté sur elle, l'immobilisant au mieux et nouant les draps autour des cicatrices qui longeaient ses bras. Elle s'était tailladée la peau avec un tesson de bouteille à plusieurs endroits. Le flanc, les poignés, les bras, les seins. Les blessures étaient en grande partie superficielles mais celle qui descendait le long de sa cuisse droite saignait abondamment. J'ai bandé la cicatrice comme j'ai pu, l'arrosant d'un whisky qui traînait là, elle a hurlé. Je suis nul en secourisme, mais chez mon grand-père, c'est comme ça qu'on soigne les coupures. Pour finir, j'ai pris le téléphone pour appeler le SAMU. Une fois les secours prévenus, je suis retourné auprès d'elle l'ai regardé enfin…
Avec la vue d'ensemble que m'offrait la lumière du jour, je me suis aperçu qu'elle était complètement nue, recouverte de sang, maculant un drap blanc. Est-ce possible dans ces cas-là de parler de beauté ? Je ne pourrai décrire ce que j'ai ressenti. Un désir ? Une passion ? Impossible à définir. Etait-ce malsain de ressentir cela ? Elle était belle. Je me suis approché, ai pris sa main. Elle la serra doucement et ouvrit les yeux. « Tu vois que je fais n'importe quoi quand tu n'es pas là. Ne m'abandonne plus. ». Elle a porté ma main à ses lèvres et l'a embrassé avec tendresse. Nous sommes resté immobile dans le silence une dizaine de minute jusqu'à ce que l'ambulance arrive. Ils ont accouru, m'ont demandé de sortir de la pièce et l'ont mise dans un brancard. L'ambulance l'a englouti et a démarré en trombe vers l'hôpital le plus proche. J'ai fermé la maison à clé, pris cinq minutes pour fumer une cigarette sur la terrasse puis suis monté sur le side-car en direction de Sofia qui se faisait déjà transfuser dans sa nouvelle chambre immaculée.

Sofia, rejetée par ses parents, chercha avant tout de quoi manger. Pour une fille aussi mignonne qu'elle, les propositions affluaient en quantité, mais la qualité était à revoir. Elle commença en tant que strip-teaseuse dans un bar Allemand de Rosbrück, sur la frontière allemande, nouvelle terre d'asile. La plupart des clients étaient raisonnables, mais dans les bagarres générales, fréquentes dans ce genre de bar, il arrivait que des clients bourrés la traîne de force dans les toilettes. Sur les cinq fois où c'est arrivé, elle fut deux fois sauvée par le barman, deux fois violée par cinq types, les mêmes en plus, et une fois, elle estropia deux de ces dégénérés avec un colt 45 à barillet chromé, très chic et très puissant, que ces abrutis prenaient pour un accessoire de show. Il y eut un procès, qu'elle perdit. Probablement mal défendue puisque les jurés avaient décrété que se défendre dans un établissement public avec une arme à feu non enregistrée était un délit. Elle dut payer à chacun d'eux, y compris à ceux qu'elle n'avait pas touché, plus de six mille francs chacun. Elle a fuit la région par la suite, sans un sou. Elle trouva une place de serveuse dans un café parisien. Elle s'engagea rapidement dans des études afin d'obtenir un capes ou plus pour rentrer dans l'enseignement, métier qui pourrait lui garantir une sécurité financière. Il était de tout de façon hors de question qu'elle gagne beaucoup d'argent, elle connaissait sa saveur délicate, son pouvoir enivrant et ce milieu pourri d'apparence et de désir ne lui convenait plus vraiment. Elle rencontra l'amour, et plus précisément Mathias, un étudiant en littérature moderne qui aimait beaucoup le romantisme du dix-huitième siècle. Elle fut conquise par ses poèmes qu'il écrivait à l'encre de ses sentiments, en copiant en douce Goethe, Lamartine et Baudelaire, inconnu alors de la belle aux yeux azur. Il aimait beaucoup le plaisir de la séduction, mais il dosait ses filtres d'amour un peu trop fort, ce qui transformait les jeunes victimes en servante soumises et dociles. L'homme était vicieux et sut l'amener à dépasser ses tabous pour son seul plaisir. Quelle ne fut pas sa tristesse en découvrant la véritable face de ce monstre de lubricité, copieur, menteur et escroc de l'amour, plus fasciné par la croupe des chiennes que par son petit cœur rose. Elle dut renoncer à lui au bout de neuf mois d'illusion complète qui ne l'avait amené qu'à l'échec parfait de l'amour face à la victoire du sexe extraverti. Elle n'était pas faite pour ça, elle le savait désormais.

Elle y est restée deux jours. L'hôpital avait rediagnostiqué son cancer et espérait qu'elle reste dans sa chambre pour enclencher la douloureuse, coûteuse et violente chimiothérapie. Sofia y avait déjà échappé deux fois de justesse, mais les métastases se multipliaient. Les médecins vinrent à six pour additionner leur pitoyable courage et avouer enfin la vérité. Le corps de Sofia dérive entre fonction vitale et cristal fragile. Ces grands spécialistes en sont arrivé à fixer deux dates, celle de sa mort et celle du prochain rendez-vous pour la chimio. Sofia me fit signe d'approcher, elle me susurra un chiffre que je sortis en billets de mon sac de réserve. « Merci, mais vous savez, nous ne pouvons rien faire de plus pour vous sauver… », « En fait, je veux me sauver de vous, faites-moi un billet d'excuse pour que je puisse profiter de la fin de ma vie en paix, loin de vos seringues aussi stériles que mon avenir ! ». En une heure, elle était dehors dans une chaise roulante, en peignoir, recouverte de bandages. Arrivée près du Side-car, elle a vu un paraplégique en chaise roulante qui longeait le parking dans notre direction. Elle se mit à trembler lorsqu'il arrivait à notre hauteur. Elle hurla, gémit, tapa des mains et se leva au fur et à mesure. On l'aurait cru possédé. Et soudain « Miracle, je marche ! Alléluia ! Je suis guérie ! », « C'est vraiment de très mauvais goût, madame. Moi, je suis réellement handicapé et j'en souffre ! Vous n'avez pas de cœur ! », « Oh si, j'ai un cœur, et comme le tien, il bat ! Par contre, moi, j'ai deux semaines à vivre, et je serai probablement dans un état bien pire que toi d'ici quelques jours, alors, aujourd'hui je marche, je ris, je me moque de toi, mais demain, quand je serai morte, qui te dira que tu as de la chance de vivre, que c'est une grande aventure à ta hauteur ? Je viens peut-être de bouleverser ta vie, mais tu ne bouleverseras pas la mienne. C'est un miracle, je peux me moquer d'un handicapé sans honte ! J'en ai rêvé toute ma vie ! », « Je suis désolé pour vous, c'est injuste, vous ne méritez pas de mourir… », « Hé, tu te trompes, c'est toi qui ne mérites pas de vivre si tu ne profites pas plus de ta vie. Donnes-la moi si tu n'en veux plus, j'ai bientôt finis la mienne. », « Si je pouvais, madame… », « Allez, dégage, pauvre con, va gâcher ta vie loin de moi, j'ai peu de temps pour être heureuse. » Elle le prit par les roues et l'envoya rouler dans la descente. Il tomba dans un crash amorti par la pelouse à 50 km/h en bas de la descente du parking. De là il appela à l'aide. Elle sauta dans le side-car et m'ordonna de démarrer, direction la maison.
Elle se reposa une bonne partie de l'après-midi au bord de la piscine. Lorsque je suis arrivé après avoir rangé le side-car dans le garage, elle se déshabilla complètement et m'invita à faire de même. Sans trop réfléchir aux tenants et aboutissants de cette démarche, je me suis mis à nu, exhibant ainsi une musculature quasi-pré pubère qui ne m'a jamais apporté les grâces spontanées des demoiselles. Elle s'approcha de moi, posa sa main sur mon torse, remonta la poitrine, passa le flanc, remonta les épaules, couru le long du bras et atteignit ma main. Ses yeux pétillaient d'une joie douce et coquine. Elle mit un pied dans l'eau et progressivement, elle m'y fit rejoindre. La température était idéale et aucun mot ne fut échangé. Une fois dans l'eau, elle s'enroula autour de moi tandis que mes bras ceinturaient machinalement sa taille. Elle m'embrassa de la bouche de la passion et tout tourna. C'était comme une danse rythmée et lancinante, tout allait à un autre tempo. Ce que j'ai vécu ce jour-là s'est gravé en lettres de feu dans mon cœur. J'ai aimé la femme que j'aime. Cela a duré plusieurs heures avant qu'on ne quitte enfin le nid d'eau et qu'on aille sur les serviettes, dans la pelouse, s'écrouler, ravi, sous le soleil d'août. Nous étions enlacés, s'agrippant comme deux amants de dix-sept ans. Elle prit ma main et la plaça sur son ventre. « J'aurai pu porter ton enfant… », « … Je sais… Tu dois vraiment partir ? », « Je le crois bien… ». J'ai sorti de sous ma serviette une boite noire. « Tiens, c'est pour toi. ». Elle l'ouvrit et découvrit un bracelet en or, serti de saphir, émeraude et diamants, aux couleurs de ses yeux. Dessous, une inscription simple « Tout a un sens dès qu'on aime ». Elle sourit. « Combien coûte cette babiole ? », « A peu près dix mille ¤uros, pourquoi ? », « Tu es fou, Cyril. Adorable, mais fou. », « Je ne le savais pas, mais maintenant j'en suis sur. Sofia, je t'aime. De toute mon âme, je t'aime… Je sais que j'en souffrirai quand tu partiras, mais je ne veux pas freiner cet élan. ». « Tu es sûrement cet ange que j'ai toujours cherché, ce petit magicien de la vie quotidienne. Tu me pleureras quand je disparaîtrai ? » « Bien sur, et longtemps après, croies-moi ! »

Sofia dut faire table rase des sentiments qu'elle avait pour Mathias et accepter de n'avoir rien gagné dans cette histoire. Peu importait d'ailleurs. Elle ne souhaitait plus rien de la vie, elle s'abandonnait dans ses études, acceptait sans peine les mains aux fesses dans son travail. Elle était devenue une espèce de serviteur de l'humanité, abandonnée par la race humaine, retenue au niveau des êtres inférieurs, incapable de prendre sa vie en main comme une rescapée d'un accident de voiture refuse de reconduire. Elle était morte dans l'accident de Mathias, mais son corps refusait de relâcher son âme. Elle devait attendre le jugement dernier pour enfin quitter cette terre. Quand elle rencontra Thomas, elle pensait avoir trouvé un poteau, une béquille valable, mais les deux s'écroulaient dans leurs délires respectifs. Thomas, son meilleur ami, se fuyait tout autant qu'elle. Embourbé dans une histoire d'amour sans réciprocité, il n'arrivait pas à lâcher prise et s'accrochait à Sofia comme un joueur de Poker demande encore un prêt pour gagner le prochain coup, puis encore un prêt, et encore jusqu'à ce que tous ses amis soient ruinés. Sofia, quant à elle, se disait qu'elle servait au moins à ça. Mais qui l'aidera, elle ? C'est Eric, un garçon vivant, et bien vivant qui lui offrit une chance de sortir la tête de l'eau. Il lui proposa le mariage très rapidement et décida que le sourire était une nécessité sur un si joli visage. Ils vécurent treize ans ensemble. Mais Eric était un ado dans l'âme et refusait de se fixer. Il voulait un couple à la « Natural Born Killer », un truc sans attache, libre et fou. Pas question d'enfants, pas question d'achats à crédit. Tout était instantané, les voyages à l'autre bout du monde, les sorties folles, le sexe, l'échangisme aussi. Elle ne pouvait plus entrer dans ce monde par souvenir de Mathias. Elle accepta qu'il y aille sans elle. A partir de là, tout s'enchaîna, il ne rentrait pas pendant des jours, revenait bourré et la frappait quelquefois quand il voyait dans son regard celui de la mère qui a eu peur pour son enfant, ou celle qui a honte de lui. Elle restait à la porte de sa vie comme on laisse un chien devant le café. On retrouva Eric mort, un jour, dans une piscine d'un membre de la jet-set. L'overdose avait impressionné le médecin-légiste qui disait que la dose aurait dû le tuer quatre fois. Les flics savaient que l'héroïne faisait effet instantanément. Il paraissait difficile qu'Eric ait pu retaper sa veine à quatre reprise sans la rater en s'injectant des doses qui auraient pu faire planer Dumbo pendant des heures. On conclut à un meurtre. Sofia fut suspectée mais vite relâchée. L'enquête a avancé jusqu'à ce que l'assassin se manifeste par une lettre signée sous forme de chèque bancaire avec plein de zéro au nom du préfet de la région. Du jour au lendemain, un petit truand de la côte s'est retrouvé le coupable idéal, a avoué le crime au bout de onze heures d'interrogatoire et fut envoyé en prison pour quinze ans après un procès express. Le triomphe de la justice, et la sauvegarde du milieu de la nuit pour le même prix. La vie continua comme si de rien n'était, Sofia fit table rase d'Eric, à l'exception des dettes de jeu que des hommes peu galants sont venu lui réclamer le lendemain de l'enterrement. Environs un an plus tard, elle apprenait le décès de sa mère, sans émotion particulière. Elle apprit également que son père était mort dix ans auparavant et qu'elle avait eu un frère de vingt ans de moins qui avait été déshérité pour s'être marié avec une roturière, caissière avec un nom étranger. Ses parents avaient oublié Sofia depuis trente ans, mais pas la justice. Elle hérita de sa mère de plusieurs millions d'¤uros et de quelques maisons un peu partout dans le monde. Sofia prit très rapidement contact avec son frère qui fut très heureux d'apprendre qu'il avait une famille plus étendue qu'il ne le pensait. Elle le rencontra, lui apprit la mort de sa mère et, au terme de la soirée, lui annonça qu'elle lui léguait la moitié de son héritage ainsi qu'une immense maison dans le sud. Elle venait de bouleverser deux âmes, peut-être dans le bon sens. Eric lui avait enseigné malgré lui une grande leçon de vie qu'elle appliqua en léguant une part égale à son frère et à sa femme. Cette prudence assurait la subsistance de chacun en cas de problème. C'était sa seule condition. Le frère le prit très mal mais accepta quand même. Depuis, elle n'a pas repris contact avec eux. Qu'ils soient heureux, c'est déjà beaucoup. Son premier malaise eut lieu il y a à peu près un an. Les médecins avaient alors découvert quelques traces suspectes ressemblant fort à des caillots, ou des métastases, ou des plaques, ou des métastases. Elle avait le cancer, et plusieurs foyers d'incendie s'étaient déclarés. Ils l'ont soigné au mieux, mais ne purent que freiner la maladie qui progressait inéluctablement. On lui donna une date approximative. Elle tenta tout ce qu'elle put pour la rallonger, puis renonça. S'en suivit une grande dépression de plusieurs mois, qui permit de laisser le champ libre à sa maladie. Elle avait abandonnée l'enseignement, désormais riche. Un beau jour, il lui vint comme un ultime défi cette idée de m'embaucher pour la rendre heureuse, mais vraiment heureuse, d'un bonheur égoïste qu'elle n'avait jamais eu. On dit que l'argent achète tout, alors pourquoi pas l'oubli de la mort. Lorsqu'elle trouva ma réponse, elle reconnut immédiatement le nom. Je l'avais marqué par mon imagination lorsque j'étais dans sa classe. Elle m'a même avoué avoir augmenté le nombre de rédaction écrite parce que j'avais un style amusant et moqueur, une écriture si fraîche que mes écrits l'apaisaient de ses tracas. Est-ce possible qu'un enfant puisse sauver une grande personne ? Comme je ne la croyais pas, elle m'a ressorti mes devoirs, qu'elle ne nous rendait jamais, emmailloté dans un châle de soie vert. Elle m'a avoué les avoir lu et relu des centaines de fois. Est-ce cela le destin ? Le tout étant qu'elle n'a pas hésité à me prendre à son service tant elle était sure que je pourrais réussir. Je sais que j'ai réussi. Je sais que j'y ai perdu l'âme de ma vie, je sais que j'y ai touché le soleil et la lune, le chaud et le froid, la vie et la mort. J'accepte son départ… elle me manque. Revenir à une existence normale après tout cela m'est impossible…

« Tu es sûrement cet ange que j'ai toujours cherché, ce petit magicien de la vie quotidienne. Tu me pleureras quand je disparaîtrai ? » « Bien sur, et longtemps après, croies-moi ! », « alors je suis comblée… »

Un peu comme si ma vie avait atteint le sens ultime, la raison divine.
« Tout a un sens lorsqu'il n'y a plus de sens,
Tout a un sens quand je t'aime. »
par David Gos publié dans : Mes écrits
 
 
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